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Pour les manches,
parfois réalisés intégralement en damas, on utilise principalement
des matériaux nobles :
- les bois précieux,
comme le bois de fer des déserts américains dont les reflets moirés évoquent
les ailes des papillons, la loupe d'amboine, d'érable, de bouleau ou de
chêne vert.
N'oublions pas le motta, c'est-à-dire le bois pétrifié issu des
tourbières, ni de multiples autres essences.
- L'ivoire de mammouth fossilisé. Il est conservé dans le pergélisol
(partie du sol qui ne dégèle jamais) de régions très froides (Alaska et
Sibérie). Le cœur de la défense reste couleur ivoire, mais sa surface
se charge en différents minéraux qui lui confèrent autant de couleurs
variées: du vert-jaune au bleu lagon pour l'ivoire conservé dans la glace,
à un brun caramel parfois assorti de fissures ou craquelures superficielles
pour l'ivoire emprisonné dans les tourbières gelées de Sibérie, en passant
par toutes les nuances allant du beige au marron, au rouge ou au noir.
- Les nacres blanches, noires,
ou l'abalone, aux reflets tout autant irisés, et le corail naturel
dont la gamme des couleurs va du jaune orange flamme au rouge très soutenu.

Les platines
du manche sont
réalisées exclusivement en titane, métal très léger qui combine
des qualités mécaniques (idéales pour les ressorts) et esthétiques: en
effet, par anodisation, c'est-à-dire par oxydation superficielle du métal
par un courant anodique, le métal se teinte au gré de l'alternance des
couleurs du spectre chromatique.
Nous n'avons pas
encore parlé d'un matériau rarissime que l'on utilise pour les manches
et
les mitres des couteaux :
le fer météoritique.
Ce métal de l'espace est une
sorte de damas naturel de composition vraiment hétéroclite. Pour simplifier,
il existe deux variétés de météorites:
- Les chondrites
(environ 85% des " chutes " ) qui permettent d'accéder de plein pied dans
l'univers mystérieux de l'espace intersidéral et de la matière ancestrale,
puisqu'elles sont généralement considérées comme issues de la nébuleuse
pré-solaire qui a donné naissance à notre système solaire, et qui contiennent
du reste nombre d'espèces minérales totalement inconnues dans les roches
terrestres. Les chondrites sont essentiellement minérales et contiennent
une infime proportion de fer.
- Les météorites
métalliques ou sidérites (environ 6% des " chutes ") principalement
composées de fer, de nickel (une teneur de l'ordre de 5% semble être une
valeur minimale d'après les observations et analyses), d'iridium, de chrome,
de gallium, de carbone, de phosphore..., qui comportent presque toujours
des résidus ou inclusions de nature variée (souvent de la troïlite, qui
a une couleur bronze après une révélation à l'acide). Ces météorites métalliques
se distinguent en trois sous-groupes en fonction de leur structure cristalline
spécifique révélée à l'acide: les ataxites dont la teneur en nickel est
si importante que la texture ne peut être révélée, les hexaédrites dont
la structure consiste le plus souvent en un agglomérat de gros héxaèdres
(cubes) de kamacite (aussi appelé fer alpha), et les octaédrites que nous
utilisons.
Comme toutes les sidérites,
celles-ci sont composées de kamacite et de taénite qui se cristallisent,
la première se diffusant dans la seconde en fonction de la température;
notons que c'est la kamacite qui est attaquée par l'acide, tandis que
la taénite reste en relief, donnant ainsi le motif connu sous le nom de
figures de Widmanstätten.
Cette structure qui n'est pas
sans évoquer des cristaux de glace qui mettents plusieurs millions d'années
à se former. Ces entrelacs complexes d'obliques et de parallèles constituent
une sorte de livre minéral de la nature qui nous parle des origines des
corps célestes, ce qui a fait dire à R. Caillois qu'il s'agit des seuls
dessins que l'homme connaisse, qui ne soient pas terrestres.
Avant de pouvoir les contempler,
il faut néanmoins les dégager de leur gangue impure carbonisée en surface
suite à une entrée précipitée dans l'atmosphère.
Ajoutons pour terminer que
plusieurs observateurs ont constaté que les météorites récemment tombées
du ciel étaient naturellement brûlantes en surface, mais avaient une température
intérieure de l'ordre du zéro absolu (-273,5 °C), ce qui ne saurait
atténuer la fascination pour ces corps extraterrestres.
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